24/01/2004

SERAING - de mémoire vive - lu dans Le Soir :

Seraing Exposition sur l’univers concentrationnaire
Des mots contre l’oubli des maux
24 janvier 2004

SERGIO CARROZZO

Oublier le passé, c’est prendre le risque, à un moment donné, de le revivre. Parfois dans toute son horreur. En 2002, un groupe d’adolescents liégeois se rend à Mathausen. A leur retour, ils montent une exposition : « Jeunes reporters, notre regard a changé ». Un an plus tard, d’autres jeunes visitent l’univers concentrationnaire d’Auschwitz. Ils en reviennent complètement marqués par la découverte de la barbarie nazie et lancent le concept de « Passeurs de mémoire » avec pour objectif de perpétuer le souvenir des survivants des camps de la mort au moment où leurs voix s’éteignent les unes après les autres, inéluctablement. Henry Kichka, 78 ans, rescapé de l’Holocauste, souligne d’ailleurs que la moyenne d’âge de ceux qui ont connu les camps et qui ont survécu est de 84 ans. Dans dix ans, combien y en aura-t-il encore en vie ?

Pour ne pas que le silence tombe sur ces témoignages, les étudiants de la haute école Léon-Eli Troclet – épaulés par les animateurs du MJT, la Ville de Seraing, les Territoires de la Mémoire, plusieurs rescapés des camps, etc. – décident de réaliser une exposition à entrées multiples. Cette dernière s’articule autour de quinze tours qui incluent chacune quatre panneaux où se mêlent témoignages sonores et filmés, photos d’archives sur les camps de concentration et d’autres, actuelles, qui retracent le parcours pratiquement initiatiques des jeunes partis visités les camps pour un voyage dans la mémoire. L’une des tours évoque, par exemple, les visites de Mauthasen et Dachau, une autre le nazisme, idéologie totalitaire et raciste, une autre encore le système concentrationnaire ou encore le devoir de mémoire. Une valisette pédagogique, avec une vidéo, un cédérom, divers dossiers historiques et didactiques, etc., vient compléter l’exposition.

Comme l’expliquent les organisateurs, « Passeurs de Mémoire » concrétise l’engagement résolu de 130 jeunes et moins jeunes à empêcher tout ce qui pourrait favoriser la renaissance d’événements tels que ceux que les témoins ont subis dans le passé. Les jeunes qui sont les femmes et les hommes de demain doivent témoigner de ce qu’ils ont vu et entendu. Les derniers déportés comptent désormais sur eux pour leur passer le flambeau et continuer ce devoir de mémoire tellement important pour qu’il n’y ait plus jamais d’Auschwitz, de Dachau.

Président des « Territoires de la Mémoire », Charles Colin rappelle que les jeunes ont le droit de savoir ce que la vie nous a réservé à un moment de notre histoire : le nazisme, la guerre, l’holocauste. S’il y a des guerres de tout temps, le XXe a aboli la notion de mesure : 50 millions de morts lors de la Seconde Guerre mondiale, des millions de Juifs et de résistants tués eux aussi. Hélas, lorsqu’on observe les résultats électoraux autour de nous et la présence parfois importante de partis d’extrême droite, on a l’impression que tant de sacrifices ont presque été inutiles. D’où l’importance de ce travail de reconstruction de la mémoire que permet l’exposition qui peut aussi servir d’antidote.•


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Écrit par : sagan | 27/01/2004

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